Ce dilemne m'avait été posé par un élu qui, fort justement, se plaçait du côté de la morale, la loi républicaine, lorsque les cas de migrants en situation irrégulières étaient trop inextricables.
Paul Ricoeur nous éclaire de ses réflexions et on voit combien les deux notions sont imbriquées et se nourissent l'une de l'autre.
"l'une vient du grec, l'autre du latin, et les deux renvoient à l'idée de moeurs (ethos, mores) ; on peut toutefois discerner une nuance, selon que l'on met l'accent sur ce qui est estimé bon ou sur ce qui s'impose comme obligatoire. C'est par convention que je réserverai le terme d' « éthique » pour la visée d'une vie accomplie sous le signe des actions estimées bonnes, et celui de « morale » pour le côté obligatoire, marqué par des normes, des obligations, des interdictions caractérisées à la fois par une exigence d'universalité et par un effet de contrainte."

Pour moi il est évident que la morale ne peut avancer que parce que des citoyens se mobilisent et la bousculent pensant à juste titre qu'elle est souvent un carcan à la notion d'élan, de don de soi.
Un échange de mail avec un haut fonctionnaire de la Préfecture, alors qu'un sans papier allait être et a été expulsé, m'a fait voir les limites de l'exercice du serviteur de l'Etat. C'était il y a longtemps mais l'homme n'a pas changé et est toujours droit dans ses bottes. Peut-on le lui reprocher ? D'après lui, non (D'après moi, oui !) Car comme il le précisait nous serons bien contents lorsque nous serons aux affaires (!) d'avoir des Préfets aux ordres et au service de la République.
Le débat est ouvert pour moi et je ne suis pas sûr qu'il ait raison.
Je n'ai pas assez de recul pour contrer cela et je suis trop pris par l'affect pour pouvoir l'accepter.
Je le dis souvent "Chacun a son libre arbitre", du citoyen au Préfet de la République. Et c'est justement ce qui pose débat. Toujours cette morale, qui, figée, ne permet pas l'évolution et ces "actions estimées bonnes".
Autre élément de ma réflexion. Est-ce que le Préfet est un serviteur de l'Etat ou bien est-il un citoyen politisé et militant lorsqu'il emploie des moyens condamnables si on se positionne au niveau de l'éthique ? Peut-on avoir ces fonctions et être en dehors de la société et de ses soufrances ?
Là aussi s'arrête mon acceptation de fait de l'attitude générale de ces fonctionaires. Je ne sais que penser mais je crois que l'éthique doit bousculer la morale car la morale et l'éthique sont soeurs et ont les mêmes origines comme le rappelle Paul Ricoeur.
Je vous livre à la réflexion cet extrait d'un texte dont vous trouverez l'intégralité ici, qui en dit long sur notre acceptation silencieuse des dérives de la République et de ceux qui s'en servent électoralement.
"Rappelons-nous qu'à l'issue du procès de Maurice Papon et de son verdict (2 avril 1998), la communauté nationale s'était largement saisie, à travers la presse et les médias, de la notion, pour tout agent de l'Etat, de refus d'un ordre inhumain. L'arrestation d'enfants, dans la cadre de la politique d'immigration du gouvernement, et leur mise en centres de rétention, rappelée par Marie NDiaye comme « un exemple significatif et dangereux de ce qu'est le gouvernement », peut renvoyer à cette catégorie d'ordres inhumains. Il faudrait en tout cas poser la question d'un point de vue quasi-constitutionnel au sens que la France est définie par des valeurs qui s'opposent à de telles politiques, des valeurs qu'ont a pu appeler les « Principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». D'une certaine manière, des agents seraient fondés de refuser les ordres extrêmes concernant les expulsions de sans-papier ou le fichage des citoyens, non qu'ils se placeraient en état de rébellion mais qu'ils défendraient au contraire une légitimité démocratique du régime qu'il est nécessaire, certainement, de mieux expliquer. Nous nous y employons pour notre part, ici et ailleurs. Il serait intéressant aussi que plus d'affaires viennent devant les tribunaux sur cette question de fond et que les juges, actuellement menacés dans leur indépendance, disent la parole du droit en la matière : de beaux débats en perspective, loin des affirmations martiales de la droite sarkozyste."

"
Non pas qu'elle dise que la France s'enfonce dans des attitudes venues du
passé, ça tout le monde le sait, mais j'admire la netteté de sa réflexion. Elle est sans concession et d'une grande clarté. Et puis, rien que parce qu'elle a mis en colère Eric Raoult cela me fait
énormément plaisir surtout quand elle dit que la droite (comprendre, celle de Sarkozy) représente une forme d'
MacLaren rappelle un million
de poussettes, risque d'amputation de doigt
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